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Pascal Craveri - Auteur BD

Je suis auteur de BD, illustrateur et portraitiste. Edité chez MORRIGANE éditions sur 4 romans jeunesse. Auteur également de la série BD en 3 tomes "SUIS LE FLEUVE" édité chez YIL édition. Depuis 2010 je dessine mon fils tous les mois! :)

De l'influence d'un livre.

Publié le 29 Avril 2012 par akicraveri in Des choses à vous dire

À vrai dire, pourquoi il me vient à l’idée d’écrire sur ce genre de sujet ?
Peut-être parce que pour la première fois j’ai senti quel était le véritable pouvoir d’un romancier ou d’un essayiste…
Cette faculté d’influencer vos décisions et même, chose étrange, de se calquer véritablement sur votre vie.


Je vais essayer de vous parler avec maladresse de l’écrivain qui m’a éclairé sur ma façon de vivre, voir sur ma façon de penser…
Mais il est sûr, je devrais dire il est certain, que cette influence ne vous touchera en rien du tout ! Vous vous direz même que je suis bien stupide de m’être fait aussi bêtement embobiner.
C’est peut-être le cas.
Mais c’est comme ça ! J’ai un défaut patenté, quand j’aime le style d’un romancier, je lis toute son œuvre, même ceux qui sont peut-être les moins maîtrisés… Ce qui en résulte une boulimie de lecture, des vomissements et des yeux qui piquent !
Mais à défaut de piquer, j’ai ressenti bien plus qu’une simple fatigue des yeux… Peut-être qu’auparavant mon cerveau ne faisait pas la différence entre une idée et la perception que je me faisais d’une idée ! L’auteur lui-même ne veut pas cautionner sa manière de penser, il annonce d’une manière brute mais délicate sa vision de la vie - de sa vie, et comment il s’est construit une forme d’ascétisme qui lui permet en somme de continuer à avoir des projets et à se sentir bien de corps et d’esprit !
Je me suis reconnu dans cette manière de penser, c’est tout !
Pourtant je ne suis pas fils unique comme l’auteur, j’ai eu un lapin comme compagnon de jeu qui a bien souffert (hélas) et non un chat qui a disparu sur la branche d’un arbre.
Je n’ai pas eu la force de conviction de l’auteur, je n’ai pas su faire abstraction des conseils de mes proches…

 

-          Tiens, ce métier t’irait bien, tu fais beaucoup preuve d’empathie !

-          Pourquoi tu ne travaillerais pas dans le social avec les enfants ou les personnes âgées ?

-          Cela ne te dirait pas de travailler dans ceci ou dans cela ?

-          C’est sympa ce que tu fais, mais je ne sais pas si cela pourrait intéresser des professionnels… tu devrais plutôt prendre ce style-là !

-          Sacré Pascal !

 

Etc etc.
Je me rends compte que dans mes propres choix professionnels, je n’ai pas été soutenu.
J’en ai fait à ma tête, pourtant...
J’ai essayé d’être indépendant…
Il en a résulté des approximations, des hésitations perpétuelles.
J’en paye le prix maintenant.
Bien sûr, il aurait été stupide de ma part de ne pas écouter la parole de mes proches, on n’est pas censé avoir raison sur tout ou encore avoir une totale clairvoyance sur son avenir.
Ce qui m’a manqué, c’est de la rébellion ! Une forme de conviction sur mes propres choix de vie que j’ai été incapable d’afficher pleinement dans mon discours et sur mon visage d’une manière claire… Mon entourage n’a rien perçu, comme quand on visionne à pleine vitesse une simple pub dans une station de métro.


Ce qui est ressorti de ma lecture, c’est que je me laissais trop diriger.
Que je n’arrivais pas à penser par moi-même.
Que je n’arrivais pas à me concentrer sur un projet de A à Z si je ne me sentais pas impliquer dans sa création.
Ce que je voulais, c’était du partage quand je travaille en équipe et de la solitude quand je travaille pour moi.


J’ai entamé ce livre pendant que j’étais en plein projet de bande dessinée avec un scénariste. Plus je parcourais les chapitres de cet essai, plus je ressentais le mal-être que j’éprouvais à collaborer avec ce scénariste.
Cette sensation d’être dirigé, de ne pas avoir vraiment mon mot à dire, de n’être en somme qu’un exécutant.
Je ne pouvais plus le supporter.
Je voulais une vraie relation de travail, une fusion de nos idées !
Tout cela était impossible, je le percevais bien dans sa voix pendant nos échanges.
En finissant le livre - avec cette épitaphe fictive de l’auteur, j’ai pris une grave décision qui aura mûri pourtant pendant près de 6 mois…
Me retirer du projet.

Ce qui a eu aussi pour conséquence une remise en question de ma part.
Depuis, je ne dessine presque plus. Quelque chose en moi s’est rompue.

 

Ce que je fais maintenant ?


Je m’occupe de mon fils, je ne côtoie que peu de monde, je me désocialise.

 

Il a fallu que je lise ce livre pour comprendre que je me faisais diriger alors que je devais prendre des décisions fortes et difficiles pour contrôler ma vie professionnelle.

J’ai compris mes erreurs. Je dois les transcender maintenant.

Mais vais-je devoir attendre de lire un autre livre pour me permettre de rebondir ?

 

Le livre en question :

 

"Autoportrait de l'auteur en coureur de fond" de Haruki MURAKAMI.

 


autoportrait de l'auteur en coureur de fond