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Pascal Craveri - Auteur BD

Je suis auteur de BD, illustrateur et portraitiste. Edité chez MORRIGANE éditions sur 4 romans jeunesse. Auteur également de la série BD en 3 tomes "SUIS LE FLEUVE" édité chez YIL édition. Depuis 2010 je dessine mon fils tous les mois! :)

Le futur papa, il est fatigué...

Publié le 6 Décembre 2009 par Akicraveri in Des choses à vous dire

Depuis que j’ai arrêté mon travail en tant qu’aide à domicile, je n’ai pas cessé de travailler sur mon projet de bande dessinée…
Je suis en effet en train de mettre au propre les 25 planches de crayonnés que j’ai réalisé de Janvier à Mai de cette année.
Mais en fait, quelle en est la finalité ?
Une certaine satisfaction nombriliste ou alors une preuve de ma capacité à fournir un travail de qualité à un rythme soutenu ? Je ne sais pas…
Et en parlant de nombril, je vois celui de ma compagne s’effacer de mois en mois… et cela me fait peur… et cela me remplit de joie !

Peur et joie.

La peur d’abord…
Je m’interroge sur ma capacité à gérer autant de bouleversements dans ma vie. Je suis plutôt quelqu’un d’anxieux, mais au fur et à mesure que les coups bas et les expériences professionnelles se sont succédées, je suis arrivé à confectionner une carapace qui m’a permis de me protéger plus ou moins. Nous faisons tous ce genre de travail pour arriver à survivre dans cette vie que nos parents nous ont permis de découvrir.
Et là je parle de survie. Pas de vie.
Dans mon ancien travail, j’ai vu des personnes subir la vie, je les ai vues s’éteindre petit à petit…
À quoi peut-on s’accrocher quand il ne nous reste plus que des souvenirs et beaucoup de regrets ?
Résumer son existence à une chambre de bonne sans WC, sans douche, aux murs moisis… Et puis attendre qu’une personne dont vous n’avez aucun lien, vienne vous sortir de votre lit pour vous donner vos médicaments et essayer de vous persuader d’avaler une coupelle informe de carotte mixée.
La vie peut être longue comme courte… mais elle ne doit pas être résumée.
Ce travail de sape c’est nous, en tant qu’individu, qui devons l’effectuer et personne d’autre !
Moi, piètre illustrateur et ancien aide à domicile, du haut de mon égotisme, je n’ai pas à juger la vie de personnes dont on ne peut résumer les tenant en de brefs visites de 30 minutes à 3 heures.
Cet état peut se qualifier clairement : La discrimination.
J’ai discriminé.
Et je discriminerai sûrement encore.
Je ne voulais plus avoir cette qualification de mon être peser encore sur moi.
Ce travail me forçait à discriminer à mon insu… et la discrimination n’est pas un métier… l’aide à domicile NE DOIT PAS être un métier !
Aider son prochain doit être inculqué. C’est tout. Et cette relation hideuse du : « je t’aide, tu me payes » doit disparaître !
Tout doit donc être ramené à l’éducation ! À cette expérience que nous effectuons sur nos enfants.
Mais nous ne sommes pas tous des laborantins…
Alors nous nous laissons aider par des experts : les revues familiales tout d’abord et puis viennent ceux qui nous ont précédés, nos parents… Mais a-t-on vraiment envie de suivre la voie éducative qu’ils nous ont transmise ?
L’éducation de nos parents, c’est comme un plat de légumes accompagné de viande : nous pouvons faire le choix de manger les légumes d’abord et la viande ensuite, manger le tout en même temps, laisser la viande ou les légumes ou encore ne rien manger. Mais cela reste un choix.
Et la peur de l’inconnu peut nous amener à choisir les acquis qu’ils nous ont inculqué…

Alors, peut-on faire mieux qu’eux ?

C’est peut-être en coupant ces attaches avec nos familles, avec nos acquis, que nous parviendrons en somme à découvrir ses erreurs d’éducation tout autant que leurs aboutissants positifs !
J’enfonce des portes ouvertes là peut-être…

Bon…
J’ai dit que j’allais être papa ?

La peur de ne pas être à la hauteur est autant partagée par ma compagne que par votre serviteur.
Alors pourquoi ai-je démissionné de mon travail, sachant que je vais être père ?
Pour la bonne et simple raison que je veux être en phase avec moi-même !
Ma vie sentimentale est harmonieuse, soit… mais comment accueillir mon enfant avec plénitude si, dans ma vie professionnelle, je ne me sens pas serein ? Si je ne contribue pas, déjà, à m’y épanouir, comment le pourrais-je pour mon enfant ?
C’est ce qui m’a poussé à partir et à chercher du travail dans ce que je sais faire le mieux : créer.
Oui, la peur et la joie sont les habitants de mon existence.
J’ai peur et je suis heureux.
Et cela me fatigue. Mais je ne peux me reposer…

À part quand je serai mort.